A ma fille

Tu devais t’appeler Maya. On avait tout prévu pour toi.
Tes parents t’aimaient. Ton avenir était tout tracé.
Joyeux anniversaire ! Tu aurais eu 1 an aujourd’hui. Peut-être que tu les fêtes dans une autre sphère. En tout cas ici, la tristesse et la solitude ont pris le pas sur tous les espoirs mort-nés du passé.
Ta mère et moi t’avons tant désiré. Ta perte a entraîné un déchirement qui ne pourra jamais se résorber. Au bout d’une ultime dispute, nous nous sommes séparés.
En un an, j’ai perdu les deux femmes que j’aimais le plus au monde. Si seulement je pouvais remonter le temps. Revenir dix secondes avant ce rond-point fatidique où j’ai perdu le contrôle. A vouloir arriver dans les temps à l’hôpital, tu n’y seras jamais née. Je m’en veux tellement.
On a vendu tous les objets qui devaient égayer ton quotidien. Mais j’ai retiré l’annonce de vente de tes chaussures. Cette paire de baskets est devenue mon objet transitionnel. Les perdre serait te perdre à nouveau. Je n’arrive pas à m’y résoudre.
Par moment, j’ai besoin de m’enfermer dans le déni. Rester dans la fausse illusion que tout s’est bien déroulé. Je me retrouve dans notre belle maison. Tu portes une couche. Ta mère te donne le sein pendant que je prends la température de l’eau du bain.
Je sais bien que je me mens à moi-même. Mais la réalité est trop dure à affronter. Quand je réalise la situation dans laquelle je suis, je ressens cette pression sur ma poitrine et ma gorge se noue littéralement. La douleur est trop forte. J’ai envie de me cogner la tête contre les murs pour me punir. C’est alors que je ne vois aucun moyen de retrouver le sourire un jour. Je n’y crois plus. Je pense par moments te retrouver dans cette sphère d’où tu n’es jamais sortie. Ainsi je pourrai me draper dans le calme et la sérénité à tout jamais.