La métamorphose

En me réveillant un matin après des rêves agités, je me retrouvai, dans mon lit, métamorphosé en un monstrueux ours.
J’étais sur le flanc, désormais poilu, et je me suis gratté l’épaule de mes longues griffes, avant de me rendre compte de l’incongrue sensation du bout de mes doigts.
Perplexe, j’ai redressé la tête et mes petites oreilles rondes que je voyais dans le miroir de la chambre.
J’ai grimacé, grogné et me suis léché la truffe humide, sans cesser de m’observer. L’autre me regardait aussi, avec sa tête d’ahuri ébouriffé.
J’ai tenté de me relever, mais c’était le mouvement de trop : le lit a craqué son mon poids et je me suis affalé avec lui.
De dépit, j’ai déchiré le papier peint, le crépi et le plâtre du mur d’un geste rageur. Et j’ai eu faim.
Cependant, le léger filet d’air froid filtrant par la fenêtre entrouverte me rappelait que c’est l’hiver.
Il était donc l’heure de la sieste, et puis, j’avais déjà mangé la veille. Je me rattraperait au printemps.
Je me résolus donc à faire la sieste. Personne ne reproche aux ours de faire la sieste, même plusieurs mois d’affilée.
Bien mal avisé qui s’y risquerait.